Portefeuille, diversification et résilience
- Olivier Gosmant

- 17 janv.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 janv.

Dans un monde où les certitudes financières d'hier s'estompent à grande vitesse, l'architecture traditionnelle de la gestion de patrimoine est mise à rude épreuve. Pendant près de quarante ans, le portefeuille 60/40 (60% d'actions pour la croissance, 40% d'obligations pour la stabilité et la diversification) a incarné la sagesse conventionnelle, un standard implicite dont l'efficacité n'était plus à prouver. Il a permis de générer des rendements réels attractifs avec une volatilité maîtrisée, devenant le modèle "industrialisable et robuste sur la durée" par excellence pour de nombreux investisseurs.
Pourtant, cette époque est révolue. Le "portefeuille 60/40 est mort", et cette affirmation n'est pas une boutade mais un constat lucide face à un changement de régime de marché sans précédent. En tant que conseiller en gestion de patrimoine, ma mission est de vous éclairer sur ces mutations fondamentales et de vous proposer des stratégies d'investissement innovantes, à la hauteur de vos enjeux et aspirations.
L'objectif ? Vous offrir des pistes de réflexion concrètes pour bâtir un porterfeuille résilient, performant et adapté aux défis de demain.
L'ère du 60/40 : Une anomalie historique ?
Pour comprendre pourquoi le 60/40 a régné en maître et pourquoi son règne touche à sa fin, il faut se pencher sur les conditions de marché exceptionnelles qui l'ont favorisé. La période allant de 1990 à 2020 a été caractérisée par deux piliers fondamentaux :
Une baisse structurelle et quasi-ininterrompue des taux d'intérêt : Les obligations ont non seulement généré des revenus, mais aussi des plus-values substantielles à mesure que leurs prix augmentaient en raison de la baisse des taux.
Une corrélation généralement faible, voire négative, entre les actions et les obligations : Lorsque les actions chutaient, les obligations tendaient à s'apprécier ou à rester stables, jouant ainsi un rôle de "contre-poids" ou d'amortisseur.
Ces deux facteurs ont créé un environnement idyllique pour le 60/40. Les banques centrales crédibles, une inflation maîtrisée et une croissance mondiale relativement stable ont consolidé ce régime. Les études historiques ont amplement documenté cette performance exceptionnelle.
Le nouveau régime : pourquoi le 60/40 ne fonctionne plus
La décennie récente, et plus particulièrement la période 2021-2023, a sonné le glas de ce modèle. Plusieurs éléments structurels ont profondément altéré l'efficacité du 60/40 :
Le retour de l'inflation et la fin des taux bas : L'environnement de taux d'intérêt durablement bas, voire négatifs, qui a porté les obligations pendant des décennies, semble révolu. Le retour de l'inflation, alimenté par des chocs d'offre, des politiques monétaires expansionnistes et des pressions géopolitiques, a contraint les banques centrales à relever agressivement leurs taux. Dans ce contexte, les obligations à long terme sont devenues moins attractives, voire génératrices de pertes.
La corrélation positive Actions/Obligations : C'est sans doute le coup de grâce porté au 60/40. Sur la période 2021-2023, la corrélation entre actions et obligations est redevenue nettement positive. Cela signifie que lorsque les actions chutent, les obligations ne jouent plus leur rôle protecteur et peuvent même chuter simultanément, amplifiant les pertes du portefeuille global. Les portefeuilles mixtes se sont alors comportés comme des portefeuilles "unidimensionnels", essuyant des pertes à deux chiffres sans réelle compensation obligataire.
Un monde plus volatil et incertain : La multiplication des tensions géopolitiques, les crises sanitaires, les défis climatiques et les bouleversements technologiques créent un environnement de marché intrinsèquement plus volatile et imprévisible. Dans un tel contexte, la "brique obligataire" ne peut plus assumer seule le rôle d'assurance que l'on attendait d'elle.
Face à ces mutations, l'idée d'un portefeuille "plug and play" universellement performant est devenue obsolète.
Les investisseurs avertis doivent repenser l'allocation d'actifs pour retrouver de la résilience et des sources de rendement diversifiées et décorrélées.
L'émergence du 50/30/20 : La troisième source de rendement
Le constat de l'essoufflement du 60/40 conduit naturellement à la recherche d'une nouvelle "troisième source de risque et de rendement" qui réagit différemment aux actions et aux obligations. Ce raisonnement ouvre la voie à une architecture patrimoniale plus sophistiquée, souvent baptisée le modèle "50/30/20".
Ce nouveau paradigme suggère une allocation typique de :
- 50% en actions (cotées) : Toujours la brique de croissance, mais avec une approche plus sélective, privilégiant la qualité, les dividendes ou la faible volatilité.
- 30% en obligations (cotées et non cotées) : La brique de stabilisation, repensée avec une exposition plus nuancée au risque de taux et incluant désormais du crédit investment grade, du high yield, et potentiellement des fonds obligataires à gestion flexible.
- 20% en actifs alternatifs non corrélés : C'est la véritable innovation et la clé de la résilience de ce nouveau modèle. Ces actifs, dont les moteurs de performance sont distincts de ceux des marchés cotés, comprennent le private equity, le crédit privé, les actifs réels (immobilier, infrastructures) et les hedge funds.
Des institutions de renom telles que J.P. Morgan AM et BlackRock ont mené des travaux approfondis qui confirment cette logique. En intégrant des actifs alternatifs, les portefeuilles offrent un rendement plus élevé pour un niveau de risque donné, ou un risque plus faible pour un rendement équivalent.

Zoom sur les actifs alternatifs : La clé de la diversification et de la résilience
La poche des 20% en alternatifs est la plus exigeante en termes de sélection et de suivi, mais aussi la plus différenciante et la plus rémunératrice sur longue période. Elle apporte une diversification essentielle et une protection contre certains chocs de marché, sans pour autant sacrifier le potentiel de performance à long terme.
Découvrons ensemble les principaux piliers de cette "troisième brique" :
1. Le Private Equity
Qu'est-ce que c'est ? Le private equity consiste à investir directement dans des entreprises non cotées en bourse, à toutes les phases de développement.
Pourquoi est-ce pertinent ? C'est souvent la brique la plus rémunératrice sur longue période. Elle permet de capter la croissance d'entreprises à des stades variés de leur développement, loin des fluctuations quotidiennes des marchés cotés. L'accès à cette classe d'actifs se fait généralement via des fonds de private equity ou des fonds de fonds.
Points d'attention : Le private equity est par nature illiquide (les investissements sont bloqués sur de longues périodes, généralement 7 à 10 ans), et la performance suit une "J-curve" (courbe en J), avec des rendements négatifs au début avant de générer des plus-values significatives. Une bonne diversification des millésimes (années d'investissement) est cruciale.
2. Le Private Credit (Dette Privée)
Qu'est-ce que c'est ? Il s'agit de prêts directs consentis par des fonds à des entreprises non cotées, en dehors du circuit bancaire traditionnel. Cela inclut le direct lending, le mezzanine, le financement d'infrastructures, etc.
Pourquoi est-ce pertinent ? Le private credit permet de capter des primes de crédit moins accessibles sur les marchés cotés, avec une rémunération souvent attractive dans un environnement de taux plus élevés. Il joue un rôle de "portage" significatif au sein du portefeuille, offrant un revenu régulier et une diversification par rapport aux obligations liquides.
Points d'attention : Similaire au private equity, il s'agit d'une classe d'actifs illiquide. Un audit approfondi sur la qualité des entreprises emprunteuses est essentielle.
3. Les Actifs Réels (Immobilier, Infrastructures)
Qu'est-ce que c'est ? Ces investissements portent sur des actifs tangibles comme l'immobilier (bureaux, résidentiel, logistique, etc.) et les infrastructures (routes, aéroports, énergies renouvelables, télécommunications). Ils peuvent être réalisés via des fonds non cotés, des club deals ou des structures dédiées.
Pourquoi est-ce pertinent ? Ils offrent un couple rendement/risque intéressant, souvent lié à l'inflation (via les indexations de loyers ou de tarifs), et présentent une corrélation plus faible avec les marchés cotés. Ils sont catégorisés en "core" (rendements stables, faible risque), "value-add" (optimisation de la valeur) ou "opportunistes" (projets à plus haut risque/rendement).
Points d'attention : L'illiquidité est un facteur important. La qualité des actifs, l'emplacement géographique et l'expertise du gérant sont primordiales.
4. Les Hedge Funds
Les hedge funds sont des véhicules d'investissement flexibles qui emploient une grande variété de stratégies pour générer des rendements décorrélés ou faiblement corrélés aux marchés traditionnels, avec une volatilité maîtrisée. C'est un vaste univers, mais certains types se prêtent particulièrement bien à la diversification d'un portefeuille déjà significatif :
Long/Short Equity : Ils achètent des actions avec des perspectives de revalorisation positives et vendent à découvert des actions aux perspectives négatives, visant à générer de la performance quelle que soit la direction du marché. Cela réduit la dépendance au marché.
Market Neutral : Une variante du Long/Short Equity qui vise à annuler complètement l'exposition au marché boursier, se concentrant uniquement sur la surperformance relative de certaines paires de titres. Leur corrélation avec les marchés est très faible.
Event-Driven : Ces fonds exploitent des événements spécifiques aux entreprises (fusions-acquisitions, restructurations, faillites) pour générer des profits. L'arbitrage de fusions, par exemple, offre des rendements stables peu corrélés aux cycles économiques.
Relative Value : Ils exploitent les écarts de prix temporaires entre des titres liés (arbitrage sur obligations convertibles, arbitrage taux d'intérêt). Leurs rendements sont généralement stables et décorrélés des grands mouvements de marché.
Global Macro : Ces fonds parient sur les grandes tendances macroéconomiques et géopolitiques (taux d'intérêt, devises, matières premières). Leurs rendements peuvent être très élevés, mais aussi plus volatils. Les fonds systématiques (CTA) dans cette catégorie peuvent suivre les tendances et offrir une protection en période de marché baissier.
Points d'attention : La sélection du gérant est primordiale, car la performance dépend fortement de son expertise. Les frais sont souvent plus élevés, mais doivent être mis en perspective avec la valeur ajoutée nette après frais. La liquidité peut varier considérablement d'une stratégie à l'autre.
Ma valeur ajoutée
Le passage d'un portefeuille 60/40 à un 50/30/20 n'est pas qu'un simple déplacement de curseurs dans un tableur. C'est l'acceptation d'une gestion plus riche, plus exigeante, mais aussi plus gratifiante. Cela implique une véritable discipline de sélection des gérants de private equity, de crédit privé, d'immobilier, d'infrastructures et de hedge funds.
C'est là que mon rôle de conseiller prend toute sa dimension. Mon expertise s'articule autour de plusieurs axes essentiels :
Allocation Stratégique et Construction de Portefeuille : Je ne vous propose pas une formule toute faite, mais une architecture de portefeuille sur mesure, cohérente avec vos objectifs patrimoniaux, votre horizon d'investissement et votre tolérance au risque. La formule 50/30/20 n'est pas un slogan marketing, mais un principe d'allocation : la moitié à la croissance, un tiers à la stabilisation, un cinquième à des moteurs de performance peu corrélés.
Sélection des meilleurs gérants : L'accès aux meilleurs fonds alternatifs est souvent réservé et nécessite une expertise pointue pour identifier les gérants dont le processus d'investissement, l'historique de performance et la gestion des risques sont irréprochables. Je vous assure une sélection rigoureuse et une évaluation continue.

Sur les marchés actions (large cap equities) l’écart de rendement annuel sur 10 ans entre les 25 % des gérants les plus et les moins performants est d’environ 2 %.
Sur les hedge funds, cet écart est de 14 % et même prêt de 20 % sur le private equity.
Gestion de la liquidité : L'introduction d'actifs illiquides exige de définir des plafonds d'illiquidité cohérents avec votre horizon et vos besoins.
Pédagogie et transparence : La complexité des alternatifs nécessite une explication claire et continue. Je vous assure une compréhension parfaite des stratégies, des risques et des opportunités, et un reporting consolidé qui fait apparaître la contribution exacte de la poche alternatifs au couple rendement/risque global.
Conclusion : Repenser l'avenir de votre patrimoine
Le monde financier a changé, et avec lui, les stratégies qui étaient autrefois garantes de succès. Le décès du portefeuille 60/40 n'est pas une fatalité, mais une invitation à l'innovation. Pour les investisseurs avertis, le modèle 50/30/20, avec son bloc d'actifs alternatifs diversifiés, devient la norme plutôt que l'exception. Il offre une voie crédible pour concilier ce que vous recherchez le plus : de la performance, mais aussi de la résilience et du sens dans vos investissements.
N'attendez pas que les prochaines turbulences de marché confirment une fois de plus l'obsolescence des approches conventionnelles. Je vous invite à une discussion confidentielle et approfondie pour évaluer comment cette nouvelle vision peut transformer et sécuriser votre patrimoine.
Soumettez-moi vos problématiques ; ensemble, nous forgerons une stratégie d'investissement agile et performante, capable de traverser les cycles et de réaliser vos ambitions.
Avertissement : Les informations publiés le sont à titre indicatif et ne constituent pas un conseil personnalisé. Les produits d'investissement présentés comportent des risques incluant la perte partielle ou totale du capital. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. En tant que Conseiller en investissements financiers (CIF) et intermédiaire en Assurances (IAS), conformément aux réglementations en vigueur, je m'engage à vous fournir un conseil objectif fondé sur une analyse adaptée à votre profil. Avant toute décision d'investissement, veuillez consulter la documentation contractuelle et solliciter un conseil personnalisé. La responsabilité finale des choix vous incombe.
