Ce qui se cachait dans le pli de la carte
- Olivier Gosmant

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture

Elle avait tout anticipé. Presque.
Quand Claudia décide de quitter la Suisse pour s’installer dans le Sud-Ouest de la France et y passer sa retraite auprès de sa soeur, elle fait les choses bien. Comme elle les a toujours faites. Surtout que ce déménagement représente bien plus qu’un changement d’adresse : un nouveau chapitre de sa vie, de nouveaux repères, et la volonté de laisser derrière elle des souvenirs devenus inconfortables.
Elle consulte sa banque cantonale, qui la suit depuis des années. Elle mandate un comptable français pour ses déclarations. Chaque professionnel est compétent. Chaque dossier est tenu. Claudia est une personne rigoureuse, de celles qui préparent ses transitions avec soin.
Sauf que personne ne lui pose la question qui compte : « Est-ce que tous ces intervenants se parlent ? »
La réponse, comme souvent dans les parcours transfrontaliers, est non.
Sa banque suisse continue de gérer son portefeuille comme si elle vivait toujours à Genève. Son comptable français traite sa déclaration avec une visibilité tronquée sur ce qui se passe de l’autre côté de la frontière. Chacun fait bien son travail… mais dans son couloir.
Les conséquences s’accumulent en silence.
Une retenue à la source trop élevée côté suisse, parce que la convention fiscale n’a pas été appliquée correctement. Un reporting fiscal inadapté à sa nouvelle résidence. Une structuration patrimoniale qui ne tient plus debout dès lors qu’on la regarde depuis la France. Et des obligations déclaratives françaises incorrectement remplies, en toute bonne foi.
Claudia ne le sait pas encore, mais elle paie trop d’impôts des deux côtés. Et derrière, d’autres risques dorment : du change non couvert, une exit tax mal anticipée si elle devait repartir un jour, et une succession à organiser entre des enfants installés en Suisse et en Espagne.
Ce qui me touche dans cette situation est justement que Claudia a fait ce que quiconque d’entre nous aurait fait.
Elle s’est entourée, elle a anticipé. Mais quand les textes et les réglementations ne cessent de se multiplier, quand tout sur internet vous laisse croire que quelques clics suffisent à être en règle, quand la coordination entre pays est finalement très souvent le sujet qui réserve des surprises, même les plus prévoyants peuvent passer à côté de quelque chose.
Claudia avait simplement mis tout son cœur dans un nouveau départ, et je la comprends tellement.
C’est une conversation avec une amie qui a tout déclenché. Une remarque simple : « Tu es sûre que ta banque et ton comptable voient la même chose ? » Claudia a marqué un temps. Elle qui avait tout organisé avec méthode, elle a eu l’honnêteté de reconnaître qu’elle n’en savait rien. Et le courage d’aller chercher un regard extérieur, quelqu’un qui ne soit ni son banquier, ni son comptable, mais qui puisse voir comment tout s’articulait ensemble.
En quelques échanges, la situation s’est éclaircie. Pas de révolution, pas de montage complexe. Un diagnostic, des ajustements coordonnés entre ses intervenants existants, et surtout : une vision cohérente de sa situation, pour la première fois.
Aujourd’hui, Claudia sait exactement où elle en est. Sa fiscalité est régularisée. Ses enfants sont protégés, quel que soit leur pays de résidence. Et elle a retrouvé ce qu’elle cherchait en s’installant en France : la sérénité. Pour de vrai, cette fois.
« Ce qui m’a manqué, ce n’était pas un spécialiste de plus. C’était quelqu’un qui relie tout. »
Vous avez changé de pays, ou quelqu’un dans votre entourage s’apprête à le faire ? Parfois, un seul échange suffit à y voir clair.
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Les situations décrites sont inspirées de cas réels. Certains détails ont été modifiés pour être anonymisés.


